Asie centrale

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Colloque – Le Soufisme / Maison des Cultures du Monde

par | 12/02/2003

Les confréries soufies exercèrent une influence sociale considérable, surtout à partir du XIIe siècle. Elles furent amenées à gérer des hospices et des écoles, et leurs couvents devinrent d’importants lieux de rencontre et d’échanges. Elles diffusèrent un idéal de « chevalerie spirituelle », de combat intérieur ainsi que des attitudes religieuses à la portée des croyants immergés dans la vie ordinaire. Mais, victimes de leur propre succès, elles furent aussi amenées à jouer un rôle politique important, avec toutes les compromissions que cela put comporter parfois. Depuis le XIXe siècle, elles sont attaquées simultanément par les courants réformistes conservateurs (wahhâbisme) qui y décèlent de l’hérésie, et par les progressistes qui les accusent d’obscurantisme. Les ordres soufis continuent néanmoins de suivre jusqu’à nos jours la voie du coeur, se considérant précisément elles-mêmes comme « le coeur de l’islam ».

La voie du coeur,
le coeur de l’islam!

Dans le foisonnement des courants de sagesse ayant vu le jour dans la culture islamique, le soufisme se présente comme la « voie du coeur ». Le « coeur » est pour les Soufis cette faculté qui, au delà des spéculations intellectuelles, au delà des pratiques dévotes, permet à l’homme de saisir la vibration de l’Etre dans le flux de la vie, et d’y communier de façon indicible. Des pratiques initiatiques proposées par les confréries (turuq, les « voies ») soufies visent à purifier progressivement le coeur du postulant, à le libérer de l’hypnose de la vie quotidienne et de ses passions, à le rendre réceptif aux appels intérieurs ou extérieurs lui révélant le sens de son pèlerinage sur terre. Ces pratiques sont très diverses : répétition de litanies à voix haute ou basse, méditations silencieuses, cultes collectifs plus ou moins extravertis selon les confréries et les milieux culturels, chants, musique, danses parfois.
Historiquement, cet élan soufi a imprégné profondément et durablement la culture des sociétés musulmanes. Des figures parmi les plus éminentes y ont pris part : le grand théologien Ghazali (m. 1111), un poète de génie comme Rûmî (m. 1258) l’Émir Abdelkader en Algérie au XIXe siècle. Il s’est manifesté dans l’expression poétique et le lyrisme, et a donné à la poésie de différentes langues en usage parmi ses plus éclatants chefs d’oeuvre ; les poésies turque et surtout persane lui sont redevables d’une inspiration qui se prolonge jusqu’à nos jours (thèmes de l’amour, du vin, de la beauté en général comme révélations sur-naturelles). Il imprègne la musique voire les chorégraphies sacrées, que ce soit dans la pureté hiératique des cérémonies mevlevies (derviches « tourneurs »), dans la spontanéité émouvante des cultes plus populaires, voire de cérémonies induisant de véritables transes. Il a laissé sa trace dans des arts aussi divers que l’architecture ou la calligraphie. Certains grands maîtres comme Ibn ‘Arabî, se consacrèrent à une exploration vertigineuse du langage humain dans une méditation ininterrompue sur les textes sacrés : c’est par sa Parole que Dieu a créé l’univers et l’homme, c’est dans la langue sacrée que le Soufi peut dévoiler le secret de sa propre aspiration.

Pierre Lory

Maison des Cultures du Monde
101 Bd Raspail 75006 Paris
Entrée libre.

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