Gazprom russe obtient le monopole sur le transit du gaz d’Asie centrale

, par  Asie-centrale.com , popularité : 16%

Gazprom a conclu un accord avec le gouvernement kazakh qui devrait donner à ce géant gazier russe un monopole sur les exportations de gaz des deux grands pays producteurs de gaz d’Asie centrale, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Gazprom et Kazmounaigaz vont mettre en place un canal d’exportation unique par la société kazakho-russe Kazrosgaz.

Premier producteur et exportateur mondial de gaz, Gazprom est contrôlé par l’Etat russe, qui a porté en juin sa part dans son capital à plus de 50%. Gazprom produit presque 94 p. cent du gaz naturel de Russie, fait fonctionner les 145000 km du réseau de gazoduc du pays et 43 stations de compression ; elle possède presque un tiers des réserves mondiales de gaz naturel et emploie 38000 personnes.

Gazprom est l’entreprise qui rapporte le plus de devises à la Russie et elle représente un quart des recettes fiscales du gouvernement fédéraral.

Le Kazakhstan, lieu de passage clef pour le gaz d’Asie centrale vers l’Europe, dispose actuellement d’une capacité de transit de 50 milliards de m3 de gaz par an.
Gazprom et une filiale de la société nationale pétrolière et gazière kazakhe, Kazmounaigaz, ont signé une série d’accords pour la période 2006-2010 portant sur le transport du gaz russe et d’Asie centrale via le Kazakhstan.

Cela signifie que le gaz (turkmène ou ouzbek) ne sera pas vendu au-delà du Kazakhstan sans la participation de Gazprom russe. Cet accord ne concerne pas les exportations de gaz kazakh (entre 6 et 7 milliards de m3), selon le porte-parole de Kazmounaigaz.

Gazprom avait déjà conclu en septembre un accord sur 5 ans avec le monopole ouzbek d’exportation de gaz Ouztransgaz pour le transit sur son territoire, et obtenu que le Turkménistan lui livre l’essentiel de son gaz destiné à l’exportation à partir de 2007.

La Russie, premier acteur du marché gazier mondial

Si la production gazière de la Russie n’enregistre pas les mêmes taux de croissance que sa production pétrolière, l’exploitation du gaz est appelée à devenir le secteur majeur de l’économie russe. La Russie est ainsi le premier producteur mondial de gaz (environ 600 milliards de m3) et le premier exportateur mondial (environ 200 milliards de m3, soit environ un tiers de sa production). Ses réserves gazières, estimées à 38 % des réserves mondiales, sont considérables.

La production est très concentrée sur le plan géographique, 90 % provenant de la région de Tioumen et, en particulier, du district autonome des Yamalo-Nenets, dans le Grand Nord, où sont situés les gisements géants d’Ourengoï (10.000 milliards de m3) et de Iambourg (5.000 milliards de m3).

D’autres zones de production plus modestes sont implantées dans la République des Komis et en Yakoutie.

En outre, les projets de développement existent dans le Grand Nord, qui se heurtent à des difficultés d’exploitation. C’est notamment le cas des gisements de la presqu’île de Yamal, dont les réserves excèdent 10.000 milliards de m3.

La Russie est le premier fournisseur de l’Union Européenne (30 % du gaz consommé), dont la demande ne cesse de progresser. Ainsi, la société Gazprom, qui domine le marché gazier russe, a construit un gazoduc reliant le gisement de Yamal à l’Allemagne. Un projet de construction d’un gazoduc en mer Baltique a, en outre, été récemment établi entre la Russie et la Grande-Bretagne. Gazprom est, par ailleurs, liée par plusieurs contrats de vente à long terme avec les grands acteurs du marché gazier européen (Ruhrgas, GDF...). A titre d’exemple, GDF a signé, en juin 2003, un accord cadre avec Gazprom visant à approfondir leur coopération et établir de nouveaux partenariats, notamment, sous la forme de filiales communes ou d’investissements communs.

En dehors de l’Europe, la Russie alimente d’autres marchés, à l’instar de la Turquie (14 milliards de m3).

Pour éviter d’entreprendre à court terme la mise en exploitation coûteuse de nouveaux gisements, Gazprom cherche, par ailleurs, à s’assurer de nouvelles sources d’approvisionnement à bon marché. C’est en ce sens qu’elle a passé des accords avec le Turkménistan et l’Ouzbékistan.

Le marché gazier est essentiellement aux mains de Gazprom, une entreprise monopolistique détenue à hauteur de 51 % par l’Etat fédéral. Ce dernier vient, d’ailleurs, d’augmenter récemment sa part de capital qui s’élevait, jusqu’en 2003, à 38 %, ce qui traduit une volonté de reprendre le contrôle de cette entreprise stratégique. Le Kremlin a également fait nommé, en 2001, à la tête de Gazprom, M. Alexandre Miller, vice-ministre de l’énergie et proche du président Vladimir Poutine.

Gazprom joue un rôle indispensable dans l’équilibre des finances publiques puisque les impôts qu’elle paie représentent près du quart des recettes fiscales du budget fédéral.

Mais, au-delà, son activité soutient l’ensemble de l’économie russe. Le 28 septembre 2005 le gazier public russe a acheté 72,66% du groupe pétrolier russe Sibneft, pour 13 milliards de dollars US (11 milliards d’euros). Cet achat s’inscrit dans la logique de nationaliser les resources énergétiques, véritable richesse du plus grand pays du monde. La destruction du géant privé Ioukos, qui avait précédé cette acquisition, s’était faite dans le même désir de contrôle sur les exports pétroliers. La Sibneft, quatrième producteur national, produit 693 000 barrils de brut par jour, ce qui permettra à la Gazprom d’augmenter sa production à 1,17 millions de barrils par jour.

Il convient, de rappeler que Gazprom, deuxième entreprise de Russie, emploie 300.000 personnes. Elle est un client privilégié pour les industries fabriquant des tubes pour les gazoducs, des turbines à gaz, mais également des hélicoptères, indispensables pour les déplacements dans les zones d’exploitation.

Gazprom possède, en outre, une chaîne de distribution alimentaire, des terres agricoles et des parts de capital dans l’audiovisuel et le secteur bancaire, en particulier, à travers sa filiale Gazprombank. Ainsi, Gazprom assure, à elle seule, 8 % du PNB russe.

Enfin, cette entreprise fait bénéficier les autres secteurs de l’économie de facilités par la pratique des subventions croisées et des non-paiements de livraisons. En effet, ses clients, en vertu d’un usage hérité de la période soviétique, se dispensent souvent de régler leurs factures énergétiques. Seules 20 % des livraisons de gaz sur le marché intérieur seraient réglées de manière monétaire.

Dans le meilleur des cas, le règlement se fait par troc ou prend la forme d’un crédits inter-entreprises. Ces pratiques pèsent sur la rentabilité du monopole, qui est grevé par l’importance des créances impayées. Il en est de même pour le gaz destiné aux particuliers qui est, bien entendu, sous tarifé et constitue un soutien aux revenus du plus grand nombre.