Vodka lemon, film franco-suisso-arménien Sortie en France le 31 mars 2004

, par  Asie-centrale.com , popularité : 59%

L’histoire du film : sept dollars par mois de retraite, une armoire, un vieux téléviseur soviétique et un costume militaire pour tout capital, Hamo, bel homme de soixante ans, vit dans un village kurde d’Arménie avec l’un de ses fils et sa petite fille. Une lettre de son deuxième fils arrive de France. Une rumeur se propage selon laquelle l’enveloppe serait pleine de dollars...

Présenté dans la section Controcorrente, le troisième long-métrage du Kurde Hiner Saleem joue sur le fil du rasoir en retraçant une histoire d’amour entre une veuve et un veuf dans un tout petit village de l’Arménie post-soviétique. Un récit délicat immergé dans un paysage glacé de neiges éternelles, prisonnier du silence et de la solitude. "Je n’ai jamais aimé les films trop sentimentaux, pleins de mélancolie et de chagrin. Le scénario de Hiner m’a touché justement parce qu’il raconte la vie des personnages avec une indiscutable tristesse, mais en évitant soigneusement les larmes et en allant au contraire vers le rire ou au moins le sourire". Fabrice Guez, le producteur de Vodka Lemon ne dissimule pas son enthousiasme pour un film difficile, mais fascinant. "Je trouve extraordinaire la manière subtile dont est décrite la vie de ces gens loin de tout, aux prises avec une nouvelle identité politique et avec une solitude dévastatrice".

Produit par Cinefacto de Fabrice Guez en collaboration avec l’Italie (Sintra Film), la Suisse (Amka Films) et l’Arménie (Paradise), et avec le soutien d’Arte France Cinéma, Vodka Lemon a été tourné entièrement en Arménie, même si l’histoire imaginée par Saleem se déroulait initialement au Kurdistan. "Je voulais parler du Kurdistan et du drame vécu par des milliers de personnes qui se sont retrouvées du jour au lendemain sans passé, contraints de fuir leur propre pays" a conclu le réalisateur. "Mais n’ayant pas la possibilité de tourner au Kurdistan, j’ai modifié le récit en parlant d’amour, mais sans oublier la tragédie de ces gens sans ressources et aussi profondément isolés".
Vodka Lemon sera distribué en Italie par LadyFilm, mais a également été acheté par la Russie, les Etats-Unis, l’Arménie et la Suisse. En France, où le film n’a pas encore de distributeur, le producteur prévoit une sortie début 2004.


VODKA LEMON a été tourné au pied de la plus haute montagne d’Arménie. L’hiver, quand la neige rend tout inaccessible, les villageois vivent isolés. Quand le printemps et le dégel
reviennent, les maisons, les étables, les routes se trouvent submergées en quelques heures par des torrents de boue et de glace. Le film a été tourné précisément pendant ces deux saisons par grand froid et lorsque l’eau emporte tout. Les Kurdes de ce village, ni chrétiens ni musulmans, fidèles d’une croyance issue du zoroastrisme, surnommés « les Adorateurs du Soleil », entretiennent une flamme éternelle dans les temples yézidis. Ils sont environ 35 000, installés dans ces vallées inaccessibles du
sud-caucase depuis le XV e siècle, fuyant les exactions ottomanes. Dans ce bout de monde, ils ont conservé intactes leurs coutumes religieuses et leur spiritualité, malgré l’intégration dans le puzzle caucasien puis dans l’URSS.
Troublant les habitudes, une étrange caravane de camions de l’ex-armée Rouge conduits par d’anciens partisans de la guerre du Karabagh, rassemblant des Arméniens, des Kurdes
d’Irak, des Géorgiens et des Français s’y est arrêtée le temps de tourner un film.

LE MONDE KURDE EN QUELQUES MOTS

Reconnu en 1919 par le traité de Sèvres qui ne sera jamais appliqué, le Kurdistan a été partagé par le traité de Lausanne de 1923 en quatre Etats : la Turquie (20 millions de Kurdes), l’Iran (9 millions de Kurdes), l’Irak (6 millions), la Syrie (2 millions). Il existe également des
communautés kurdes en ex-URSS (Arménie, Géorgie : 320 000), au Liban (100 000) et une forte diaspora en Europe occidentale (650 000). On peut évaluer la communauté kurde dans son ensemble à près de 28 millions de personnes. Population autochtone de l’Asie occidentale,
descendant des Mèdes de l’Antiquité, les Kurdes parlent une langue indo-européenne, écrite depuis le VII siècle. Dans leur grande majorité musulmans de confession sunnite, une
minorité d’entre eux est d’obédience chiite. Il existe aussi de petites minorités chrétiennes et des adeptes du yézidisme. Les Kurdes forment sans doute aujourd’hui la plus grande nation non constituée en Etat Indépendant. Aujourd’hui, 150 000 kurdes vivent en France.


Tournage :

- Pourquoi le titre « Vodka Lemon » ?
- Quand on parle de vodka, dans l’imaginaire populaire, on pense à cette région du monde. Là-bas tout le monde boit de la vodka : les Kurdes, les Arméniens, les Russes...
Personnellement, j’aime la vodka ! Quand j’écrivais mon scénario, je l’ai intitulé Vodka Lemon, un nom de code en somme. Et puis, j’ai commencé à le donner aux chaînes, aux
producteurs, ce titre provisoire est resté. Le film fini, il fallait se décider. On y a re-réfléchi mais on n’a rien trouvé de mieux. Et en plus c’est compréhensible dans toutes les langues du monde.
- Deux mois de tournage sous la neige. C ’est long ?
- C’est très long. Une fois le tournage commencé, nous n’avions plus le luxe de dire : « Ah aujourd’hui trop de tempête, trop de soleil, on ne tourne pas ! ». Nous n’avions que sept semaines de tournage. Il a fait autour de -25° la journée, pendant six semaines, la nuit c’était pire ! Souvent, on ne pouvait pas accéder au décor. Je tournais avec une cagoule polaire, des lunettes, 2 ou 3 paires de gants. On devait être prêt à tourner à 9 heures et on ne
commençait qu’à 14 heures. Parce que rien n’était prêt. Parfois, on passait trente minutes à nettoyer la caméra. Une autre fois, c’est l’actrice qui est devenue toute rouge à cause du froid. Nous avons eu beaucoup de problèmes de ce type.
- En quelle langue est le film ?
- Le film est en kurde, en russe et en arménien. En trois langues. Ca aussi, c’est la réalité. Les Kurdes qui vivent là-bas parlent kurde. Ils vivent en Arménie et donc apprennent l’arménien. Et, encore aujourd’hui, le russe est encore très répandu même si ce n’est plus la langue
officielle. Pourtant ces villages sont à 100% kurdes.
- Et le cimetière ?
- Les Kurdes ont un autre rapport avec les morts. Les morts ne sont pas vraiment morts. Ils ne sont plus visibles des hommes mais ils sont omniprésents dans la vie de tous les jours. Les gens vont au cimetière avec la vodka et la nourriture. La famille, les amis, tous s’assoient
là-bas. Ils boivent à la santé du défunt, parle avec lui. Le cimetière n’est pas du tout un lieu
triste.
Une fois, il y avait deux jeunes de ce village. Je les ai salués. Je leur ai demandé : « Qu’est
ce que vous faites ? » Ils m’ont répondu : « On fume, on papote ». Je leur ai alors dit : « Vous papotez ici ? » Ils ont dit : « Où veux tu qu’on aille ? Il n’y a pas de café. Lui, c’est notre pote, il est mort. Il y a une chaise. On s’assoit ici, on lui tient compagnie. »

- Le personnage principal. Qui est-ce ? Un Arménien ? Un Kurde ?
- Pour moi, Hamo, Nina, tous les gens de ce village sont kurdes. Je n’ai pas donné de nationalité à chaque personnage : Arméniens, Russes, cela n’avait pas d’importance.
- Le fils habite Alfortville. Pourquoi Alfortville ?
- Ce n’est pas vraiment un endroit sexy, riche ou beau. Mais il y a beaucoup d’Arméniens. Là-bas, on appelle la ville Armène, ou Arméniville. Pas Alfortville. C’est presque majoritairement Arménien. En Arménie, Alfortville est plus connu que... Avignon. Les parents envoient leurs enfants là-bas... C’est une sorte de paradis lointain !
- Et la chanson d ’Adamo ?
- C’est un peu une trouvaille dans le genre Arméniville ! En Arménie, comme dans beaucoup de pays de l’Est, il y a un répertoire français, italien des années 60... Adamo ou d’autres chanteurs français, sans parler d’Aznavour, sont très à la mode. Les Arméniens refont des arrangements et ils les chantent dans un français incompréhensible !

- Chez les personnages,ou chez vous peut-être,on sent une nostalgie du régime soviétique ?
- Je n’ai jamais été aveuglément soviétique. Et si j’avais eu à adhérer à un parti politique, cela aurait été au parti revendiquant les droits nationaux des Kurdes et non la lutte des classes. J’aime bien l’idée de lutte des classes, mais, il y a des problèmes plus graves. Il faut exister
pour avoir des classes. Ma priorité, c’est le droit à la survie. Effectivement, j’ai été assez influencé par une certaine culture de gauche, Régis Debray, des gens comme ça... Mais je n’ai aucune nostalgie. Au contraire, la chute du régime soviétique a été une bénédiction pour des peuples comme le mien. Nous avons été les victimes de la logique des deux blocs. Le Kurdistan a été divisé en quatre parties : deux sous influence américaine et deux sous influence soviétique, avec une sorte d’accord tacite entre les deux puissances : personne ne touche aux Kurdes et au final personne ne nous a aidé. Les Vietnamiens étaient contre les Américains ; l’Union Soviétique et tout le bloc de l’Est les ont aidés. Les Moudjahiddines afghans étaient
contre les Soviétiques ; les Américains et tout l’Occident les ont aidés. Et nous, nous n’étions ni en lutte directe contre les Américains, ni en lutte directe contre les Russes.
On était occupé par de vulgaires dictateurs du tiers-monde. Mais cette logique est maintenant finie. Je parle des choses positives de la fin de la logique des deux pôles. Il y a des choses négatives aussi. Certains personnages du film sont nostalgiques, pas moi.
- Cela se sent très nettement ...
- Je ne porte pas de jugement. Je sais que quand on a faim, on a besoin de pain. Mais je sais aussi que quand on a le pain mais qu’on n’a pas de liberté, c’est comme si on avait rien du tout.
- C ’était quoi le chemin que vous vous traciez enfant ?
- Ce n’était pas moi qui traçais mon chemin, mais les Irakiens ou les Turcs. Ma mère rêvait que je devienne instituteur. Par contre, mon père voulait que je devienne juge ou avocat. Mes autres frères étaient dans la résistance. Ils n’ont pas pu faire d’études universitaires. C’était donc à moi d’être la fierté de la maison.
La prochaine fois que je verrai ma mère, elle me dira : « Mon fils qu’est-ce que tu fais comme travail ? » Je lui répondrai : « Maman, je fais des films ». Elle me dira : « D’accord, d’accord, d’accord... Mais réponds-moi sérieusement. Qu’est-ce que tu fais comme travail ? »
Même si je faisais les meilleurs films du monde, elle regretterait toujours que je ne sois pas instituteur.

LISTE ARTISTIQUE :

- Hamo ROMEN AVINIAN
- Nina LALA SARKISSIAN
- Dilovan IVAN FRANEK
- Zine RUZAN MESROPYAN
- Giano ZAHAL KARIELACHVILI
- LISTE TECHNIQUE
- Réalisation et scénario HINER SALEEM
- Image CHRISTOPHE POLLOCK
- Production exécutive MICHEL LORO
- Montage DORA MANTZOROU
- Musique MICHEL KORB
- Son FRÉDÉRIC ULLMANN
- Déco ALBERT HAMARASH
- Production FABRICE GUEZ,DULCINÉ FILMS (FRANCE),
- ARTE FRANCE CINÉMA,SINTRA (ITALIE),
- AMKA FILMS (SUISSE),PARADISE (ARMÉNIE),
- CINE-FACTO (FRANCE)