Mission archéologique franco-ouzbèke de Sogdiane (Mafouz)

, par  Asie-centrale.com , popularité : 4%

L’ouverture de l’Union Soviétique à l’époque de la Perestroïka, puis l’émergence des nouvelles républiques d’Asie centrale ont permis aux missions archéologiques occidentales, auparavant presque uniquement cantonnées à l’étude de l’Afghanistan, d’inaugurer une approche plus globale de l’archéologie et de l’histoire de l’Asie centrale.

Enjeu

C’est dans ce contexte nouveau, soutenu par l’Institut d’archéologie de l’Académie des sciences d’URSS, puis d’Ouzbékistan, que le projet d’une première mission archéologique franco-ouzbèke a vu le jour à partir de 1989, permettant à une équipe de chercheurs occidentaux qui avaient auparavant travaillé pour l’essentiel sur la ville hellénistique d’Aï Khanoum en Afghanistan de poursuivre leurs recherches sur le terrain au-delà de l’Amou-darya, aux côtés des nombreux archéologues actifs dans les républiques de l’ex-URSS. Les sites choisis, celui de la Samarkand ancienne qui s’étend sur le plateau d’Afrasiab, Koktepe et les Portes de Fer près de Derbent, répondent à une problématique qui couvre toute la période historique de la Sogdiane, des débuts de l’Age du Fer aux invasions mongoles du début du XIIIe siècle de n.è.

A travers les sites d’Afrasiab et de Koktepe qui ont retiré leur prospérité originale de la plaine du Zerafshan et de sa richesse agricole assurée par un réseau dense d’irrigation, la Mafouz s’est engagée vers la problématique relative à la formation des villes centre-asiatiques vers le tournant de l’Age du Bronze à l’Age du Fer, puis vers leur évolution urbaine pendant près de deux millénaires. La possibilité pour une même mission d’entreprendre une approche conjointe de plusieurs sites complémentaires a permis de mieux cerner les nombreux problèmes de chronologie et d’histoire que pose la région pendant plusieurs phases clés de transition aux débuts de l’Age du Fer ancien, entre l’époque achéménide et hellénistique, entre cette dernière et les périodes sous pouvoir nomade, pendant l’Antiquité tardive, au haut moyen âge, puis dans le premier siècle de l’islamisation, enfin lors de la dernière apogée de la Samarkand ancienne sous les Karakhanides. Les diverses périodes touchées permettent de développer des thèmes importants comme celui des origines du zoroastrisme, de la géographie historique de l’Asie centrale en général, des problèmes liés au grand commerce sogdien, etc.

En résumé : trois objectifs complémentaires de la Mafouz (Sogdiane) :

- Samarkand-Afrasiab

Ce site de 219 hectares a été exploré depuis 1873 par des archéologues russes, puis soviétiques, avant l’intervention de la Mafouz de Sogdiane dont les activités sont le fruit de la collaboration d’archéologues français, ouzbeks et russes. Depuis 1989, plusieurs chantiers ont été ouverts sur l’ensemble du plateau urbain afin d’étudier le système des remparts et de l’alimentation urbaine en eau, et sur l’acropole (ou “ville haute”), plateau fortifié séparé du Shahristan, constituant la citadelle au sens large de la ville, sur lequel se sont de tous temps concentrés les édifices représentatifs de la cité (sacrés, politiques et militaires).

- Koktepe

Le site de Koktepe, à trente kilomètres au nord de Samarkand, est fouillé depuis 1994. Contemporain de Samarkand mais abandonné dès la période séleucide, il est notamment susceptible de faire connaître l’Age du Fer ancien et d’éclairer ainsi les circonstances qui ont conduit à la "seconde urbanisation" de l’Asie centrale (après la première, de l’Age du Bronze, et sur un réseau différent qui restera celui des périodes historiques), ceci en corrélation avec l’extension du réseau d’irrigation des grandes oasis. Parmi les trouvailles majeures figurent des vestiges de rituels que l’on peut interpréter dans le cadre des origines du zoroastrisme, et une tombe nomade (Derben) datant du début de notre ère, importante source d’informations pour l’étude des migrations nomades en Asie centrale.

- Derbent-Portes de Fer

Le site de la muraille-frontière des “Portes de Fer” à Derbent, près de Baïsun, a été fouillé de 1995 à 1997. Il a fourni de précieuses informations sur la Sogdiane, notamment sur le mouvement des frontières et sur l’histoire événementielle générale, depuis l’Antiquité, quand Alexandre le Grand s’empare de la région, jusqu’à l’époque de Tamerlan. Construite à l’époque hellénistique, la muraille mise au jour a été restaurée à plusieurs reprises à l’époque kouchane, au haut moyen âge (en liaison avec la première expansion turque) et sous Tamerlan.