Le Mugam d’Azerbaïdjan - Azerbaïdjan

, par  Asie-centrale.com , popularité : 4%

Le Mugam azéri est un genre musical extrêmement structuré qui se prête à un haut degré d’improvisation ou de « recomposition » lors de son exécution. Ayant essentiellement un caractère urbain, cet art de la société azérie se pratique en toutes sortes d’occasions et s’inspire de mélodies, de rythmes et de techniques instrumentales d’origine rurale.

Contrairement à la musique classique européenne, aucune œuvre de Mugam n’est écrite dans sa forme définitive ; au contraire, les multiples versions sont transmises par les maîtres qui forment eux-mêmes des musiciens à l’art de l’improvisation pour assurer la virtuosité et la variété d’expression artistique si caractéristique du Mugam.

Les versions contemporaines de cette forme musicale évoquent les nombreux épisodes de l’histoire de l’Azerbaïdjan et, en particulier, ses contacts avec les Persans, les Arméniens, les Géorgiens et les autres peuples türks au fil des siècles. Le Mugam azéri partage les caractéristiques artistiques du Maqam irakien, du Radif persan, du Maqom Oltiyarim du Khorezm et du Shashmaqom tadjik-ouzbek.

Dans le passé, il y avait deux grandes occasions de jouer du Mugam : les cérémonies nuptiales (toy) et les majles, réunions intimes de connaisseurs chez un particulier. Cet art était aussi cultivé par les membres des ordres soufis et les interprètes de pièces religieuses que l’on appellait ta’zie ou shabih. Des compétitions officielles et des concours informels servaient aussi à établir la réputation de musiciens accomplis.

Le milieu urbain qui avait jadis favorisé le développement du Mugam dans différents contextes, en reliant les toy, les majles, les rassemblements de soufis et les concours de musique, n’a pas survécu aux bouleversements sociaux et politiques du XXe siècle, notamment à l’intégration de l’Azerbaïdjan dans l’Union soviétique. L’hostilité des pouvoirs publics vis-à-vis de la religion et la grande importance accordée à l’usage de la notation dans l’instruction musicale ne sont que deux des multiples facteurs y ayant contribué.

L’actuelle profusion d’enregistrements et de récitals de Mugam atteste la pertinence de cette vibrante tradition musicale pour de nombreux Azerbaïdjanais contemporains. Des pressions idéologiques et commerciales se font néanmoins sentir pour transformer ce patrimoine oral inédit en un répertoire fixe exécuté d’après un système de notation ou imité à partir d’enregistrements standardisés. Cette évolution contemporaine menace sérieusement le caractère distinctif d’improvisation du Mugam et sa transmission séculaire à l’oreille.