La musique Shashmaqom - Tadjikistan, Ouzbékistan

, par  Asie-centrale.com , popularité : 4%

Pendant des siècles, la tradition de musique classique du Shashmaqom a été cultivée dans les centres urbains multiculturels de la région transoxanienne connue dans l’histoire sous le nom de Mâwarâ al-nahr, dont une partie s’étend actuellement en Ouzbékistan et au Tadjikistan.

Le Shashmaqom est un mélange unique de musique vocale et instrumentale, d’idiomes mélodiques et rythmiques, de littérature et de concepts esthétiques. Comprenant plusieurs répertoires locaux de Maqom, il est exécuté en solo ou par un ensemble de chanteurs et un orchestre composé d’instruments à archet, à cordes, percussion et à vent. L’introduction instrumentale qui ouvre l’œuvre est suivie d’une partie vocale (nasr), divisée en deux séries distinctes de chants, le tout étant très complexe.

Le Shashmaqom dont l’origine remonte à l’époque préislamique, a évolué depuis au moins dix siècles avec les développements de la théorie musicale, de la poésie, des mathématiques, de la science islamique et du soufisme, mouvement religieux mystique islamique qui s’est développé en Asie centrale. La grande popularité du Maqom et de sa théorie musicale aux IXe et Xe siècles s’est accompagnée de la création d’écoles de musique spécialisées dans l’étude du Shashmaqom. Ces écoles étaient parrainées par l’aristocratie de Boukhara qui tenait à protéger ces artistes talentueux. La communauté juive de Boukhara a fourni un autre groupe important d’interprètes.

La situation des interprètes de Shashmaqom est devenue extrêmement précaire dans les années 1930 où le régime soviétique a imposé une politique culturelle hostile à ce genre musical. Malgré cela, le Comité de la Télévision et de la Radio nationales d’Ouzbékistan a formé un ensemble de Shashmaqom dans les années 1950. Depuis l’indépendance en 1991, beaucoup d’efforts ont été consacrés à la sauvegarde du Shashmaqom et au rétablissement de sa valeur sociale aussi bien en Ouzbékistan qu’au Tadjikistan.

Les répertoires de Shashmaqom demandent des musiciens spécialement formés, étant donné que le système de notation standard réussit à transmettre uniquement la structure musicale élémentaire sans capturer toute la richesse de cet art splendide. En conséquence, la transmission orale du maître à l’élève reste le moyen principal de préserver la musique et ses valeurs spirituelles.

Depuis les années 1970, bon nombre d’interprètes connus de Shashmaqom ont quitté l’Ouzbékistan et le Tadjikistan pour rejoindre les communautés de la diaspora en Israël et aux Etats-Unis. Avec la disparition des plus anciens interprètes de Shashmaqom, la grande majorité des interprètes actuels en Ouzbékistan et au Tadjikistan sortent du Conservatoire de Tachkent qui offre une formation à l’exécution d’une composition de Shashmaqom canonique. Les interprètes qui préservent les caractéristiques stylistiques locales telles qu’elles leur ont été enseignées par des professeurs indépendants et des écoles de musique sont devenus très rares.