L’oléoduc géostratégique BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan)

, par  Asie-centrale.com , popularité : 4%

L’oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan), reliant l’Azerbaïdjan à la Turquie via la Géorgie, un projet qui permettra d’acheminer le pétrole de la Caspienne sur les marchés mondiaux en évitant la Russie, sera officiellement inauguré cette semaine.

De son point de départ à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, jusqu’au terminal dans le grand port turc de Ceyhan (sud-est), le nouvel oléoduc de 1.774 kilomètres est l’un des plus longs du monde.

Un premier pétrolier rempli de brut issu du BTC a pris la mer le 4 juin à Ceyhan à destination de l’Italie, mais des travaux étaient encore nécessaires sur l’oléoduc.
Cette nouvelle voie pour transporter le pétrole de la Caspienne vers les pays occidentaux s’étire sur 440 km en Azerbaïdjan, 260 km en Géorgie et 1.074 en Turquie.
Le BTC est conçu pour transporter pendant 40 années jusqu’à 50 millions de tonnes de brut par an, mais cette capacité ne devrait pas être atteinte à brève échéance, selon les spécialistes, même si le Kazakhstan a décidé le mois dernier d’y raccorder ses importants gisements pétroliers et d’y fournir, a terme, quelque 20 millions de tonnes d’or noir par an.

L’entreprise chargée de gérer ces infrastructures, un contrat de 4 milliards de dollars, est le géant britannique British Petroleum (BP), dont la part s’élève à 30,1%.

Le groupe azerbaïdjanais Socar en détient 25%, l’américain Unocal 8,9%, le norvégien Statoil 8,71%, le turc TPAO 6,53%, l’italien Eni 5%, le français Total 5%, les japonais Itochu 3,4% et Inpex 2,5%, et les américains ConocoPhillips et Amerada Hess 2,5% et 2,36%, respectivement.

Outre sa portée commerciale, l’oléoduc, qui évite non seulement le territoire russe, mais aussi l’Iran, a surtout une importance géostratégique.

C’est justement parce qu’il permet de contourner la Russie, qui jusqu’alors contrôlait la quasi-totalité du transit vers l’Europe des hydrocarbures de l’espace post-soviétique, que le BTC est une réalisation à laquelle les Américains tiennent.

Depuis les origines du projet visant à commercialiser les gisements d’Azeri-Chirag-Guneshli, Washington s’est fortement impliqué dans la réalisation de ce pipe-line dont la construction a commencé en 2000.
Le tracé le plus logique passait par l’Iran — qui se trouve sur la liste des pays ennemis de Washington.
La Caspienne est au troisième rang des réserves mondiales de pétrole.

Même si le pari économique était risqué, l’oléoduc diminue la dépendance des Etats-Unis vis-à-vis du Proche et Moyen-Orient pour leur approvisionnement en pétrole et une partie du pétrole arrivant à Ceyhan repartira par tankers vers ce pays.

Pour la Turquie, le BTC permettra de soulager les détroits du Bosphore et des Dardanelles, dans le nord-ouest du pays, très sollicités pour toutes sortes de transport, plus ou moins polluants.

10.000 pétroliers passent par les détroits turcs chaque année avec leur lot de danger potentiel pour l’environnement. L’oléoduc est la pièce maîtresse du « corridor énergétique est-ouest » et le terminal de Ceyhan deviendra, à terme, « un centre commercial énergétique et pétrolier au plein sens du terme ».
Ankara veut également raccorder à Ceyhan un autre oléoduc - en stade de projet- depuis son port de Samsun (nord, sur la mer Noire).

Pour marquer le coup, la Turquie a invité une trentaine de ministres à une grande cérémonie d’inauguration prévue à Ceyhan.

Les présidents turc, azéri et géorgien, Ahmet Necdet Sezer, Ilham Aliev et Mikhaïl Saakachvili, seront également présents.

Les invités participeront à un banquet mercredi soir à Istanbul, au palais Ciragan, ancienne demeure des sultans ottomans aujourd’hui hôtel de grand luxe.
Le lendemain, ils prendront l’avion pour Ceyhan pour l’inauguration, qui doit se dérouler sous haute sécurité.