L’art des Akyns, conteurs épiques Kirghiz - République du Kirghizstan

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Les akyn sont des conteurs et chanteurs de poèmes épiques dont la transmission orale se poursuit depuis des siècles au Kirghizstan. Mode privilégié d’expression culturelle des nomades kirghizes, l’art des akyn allie le chant et l’interprétation, l’improvisation et la composition musicale. Ces récits épiques sont déclamés à l’occasion de fêtes religieuses et privées, de cérémonies saisonnières et de jours fériés par des maîtres akyn dont les qualités poétiques, vocales et scéniques sont remarquables.

Le caractère unique des épopées kirghizes réside dans leurs intrigues dramatiques et palpitantes étayées de concepts philosophiques. De plus, elles constituent une véritable encyclopédie orale des valeurs sociales, du savoir culturel et de la mémoire collective du peuple kirghize. Manas, la plus fameuse épopée kirghize qui date d’un millénaire, est non seulement remarquable par sa longueur (seize fois plus longue que L’Iliade et L’Odyssée d’Homère), mais aussi par la richesse de son contenu qui évoque aussi bien les grands événements de l’histoire du pays depuis le IXe siècle que les descriptions de la vie quotidienne, les rituels et les coutumes des nomades. Outre Manas et deux autres grandes épopées, Semetey et Seitek, les Kirghizes ont préservé plus de quarante œuvres ’mineures’ qu’ils récitent en s’accompagnant du komuz, le luth kirghize. Les gestes expressifs des conteurs, leurs intonations et leurs mimiques démonstratives sont bien adaptés au contenu chargé d’émotion des poèmes épiques.

Autrefois, les akyn étaient des personnages d’une grande notoriété, qui partaient en tournée d’une région à l’autre et participaient souvent à des concours. Les Kirghizes fortunés célébraient les événements marquants de leur vie familiale ou tribale en invitant les conteurs les plus renommés à se produire devant eux.

Dans les années 1920, la première partie de la trilogie de Manas a été consignée par écrit avec l’aide du célèbre chanteur épique Sagynbay. Sous le régime soviétique, les akyn ont continué de se produire malgré l’interdiction du gouvernement frappant les épopées ’mineures’. Jusqu’à ces dernières années, les maîtres akyn formaient encore de jeunes disciples et partaient souvent en tournée à travers le pays, mais ce mode de transmission a disparu du fait de la crise économique actuelle et de la pénurie de fonds. Malgré la survivance de quelques akyn talentueux, les jeunes sont devenus de plus en plus étrangers au patrimoine oral de leurs ancêtres.