Gazoduc South Stream contre Nabucco

, par  Asie-centrale.com , popularité : 4%

Nabucco doit relier les champs gaziers d’Asie centrale, notamment de la Mer Caspienne, à l’Europe, via la Turquie et le sud-est de l’Europe, en évitant la Russie.

L’Autriche et la Russie ont signé à Vienne un accord sur la réalisation du gazoduc russo-italien South Stream, en présence du chef du gouvernement russe, Vladimir Poutine, et du chancelier autrichien, Werner Faymann.

Le chef du gouvernement russe a de nouveau mis en doute la réalisation de Nabucco, affirmant « qu’avant de construire quelque chose, il faut s’assurer de la signature de contrats de livraison de gaz », allusion implicite à l’incertitude quant à l’origine du gaz devant être transporté par Nabucco. « Pour Nabucco, il n’y a pas encore de volontaires », a-t-il ajouté.

Le gazoduc South Stream, initié par le groupe russe Gazprom avec la coopération de l’Italien ENI, doit à partir de 2015 et depuis Novossibirsk (Sibérie) acheminer du gaz russe vers l’Italie et la Grèce sous la Mer Noire, en évitant ainsi l’Ukraine et les coupures d’approvisionnement de l’Europe survenues ces dernières années en raison du contentieux russo-ukrainien.

L’accord a été signé par le ministre autrichien de l’Economie, Reinhold Mitterlehner, et le ministre russe de l’Energie, Sergei Chmatko. Parallèlement, le président de Gazprom, Alexei Miller, et le président du groupe autrichien OMV, Wolfgang Ruttensdorfer, ont signé un accord-cadre sur la coopération entre les deux groupes énergétiques.

Au cours d’une conférence de presse commune, Vladimir Poutine a souligné que South Stream était « un projet concurrent » du gazoduc Nabucco, dont l’un des principaux partenaires est OMV, qui joue ainsi sur les deux tableaux. Nabucco doit relier les champs gaziers d’Asie centrale, notamment de la Mer Caspienne, à l’Europe, via la Turquie et le sud-est de l’Europe, en évitant la Russie.

De son côté, Werner Faymann s’est félicité de l’implication de l’Autriche dans South Stream, soulignant que 70% du gaz consommé en Autriche provenait de Russie et estimant que les livraisons par ce gazoduc constitueraient « un complément aux énergies renouvelables ».
L’étude de faisabilité du tracé autrichien, de la frontière austro-hongroise jusqu’au réservoir et centre de triage du Central European Gas Hub (CEHG) à Baumgarten, près de Vienne, devrait être achevée à la fin de 2010, a précisé OMV dans un communiqué. La décision finale sur l’investissement doit intervenir dans un délai de 18 mois. Pour OMV, « le rôle central du réservoir de Baumgarten pour l’Europe centrale est ainsi confirmé ».

La mise en service de South Stream est prévue pour la fin 2015, son coût étant estimé entre 19 et 24 milliards d’euros. Le gazoduc, long de 3.600 km, livrera 63 milliards de m3 de gaz par an, soit 35% des exportations de gaz russe vers l’Europe, dont les besoins en gaz sont aujourd’hui couverts à 42% par des importations de Russie.

Avant la signature de l’accord russo-autrichien, la Russie avait déjà signé des accords bilatéraux avec d’autres pays de transit : Bulgarie, Grèce, Serbie, Slovénie et Hongrie. Outre le groupe italien ENI, le groupe français EdF doit prochainement intégrer le consortium.

La veille, le consortium international du projet Nabucco avait lancé un appel d’offres pour la fourniture des tubes d’aciers de son gazoduc, long de 3.300 km, entre la frontière orientale de la Turquie et l’Autriche. Avec une mise en service prévue pour 2014 et un coût de construction estimé à 7,9 milliards d’euros, Nabucco doit livrer 31 milliards de m3 de gaz par an, soit moitié moins que South Stream.

Les partenaires d’OMV dans Nabucco sont le groupe turc Botas, le groupe bulgare Energy Holding, le groupe hongrois MOL, le groupe allemand RWE et le groupe roumain Transgaz. Le 13 juillet 2009, un accord gouvernemental avec les mpays de transit avait été signé à Ankara par l’Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie et la Turquie.

Selon des prévisions de l’Union européenne, les besoins en gaz des pays de l’UE devraient augmenter jusqu’en 2030 d’un pour cent par an.