Chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité : Boysun (Ouzbékistan). 18 mai 2001 - 28 février 2004

, par  Asie-centrale.com , popularité : 4%

Le jury de l’UNESCO a transmis au directeur général ses recommendations sur les espaces culturels ou les formes d’expression culturelle susceptibles d’être proclamées « chefs-d’oeuvre ». Le 18 mai 2001, le directeur général Koïchiro Matsuura a proclamé les 19 premiers chefs-d’oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité dont « L’espace culturel du district Boysun » (Ouzbékistan).

Boysun district - Boysun district, région de Surkhandarya viloyat, Ouzbékistan

Boysun, qui compte actuellement 82 000 habitants, représente un des emplacements habités les plus anciens du monde. Cette région, située sur la route de l’Asie mineure vers l’Inde, a conservé les vestiges de culture archaïque, et des traces de nombreuses religions telles que le Zoroastrisme, le Bouddhisme, dont la région garde les traces artistiques, et l’Islam, arrivé au 8e siècle, ainsi que des croyance pré-islamiques comme le chamanisme et le totémisme. De nombreux rituels traditionnels sont encore vivants : la veille de Navruz, la fête du printemps, a lieu le rituel des semailles, avec des offrandes de nourriture. Le rite pour invoquer le dieu de la pluie - dérivé des croyances zoroastriennes - comporte la fabrication d’une poupée que l’on gorge d’eau. Les rites familiaux se perpétuent aussi : 40 jours après une naissance, on chasse les mauvais esprits à l’aide de feu et de cendres, puis a lieu la circoncision du bébé, qui est l’occasion de combats de chèvres et de jeux divers. On compte aussi le rituel du mariage, les rites funéraires, et les rituels chamanistes pour guérir les malades. Parmi les traditions populaires, on trouve des chants rituels liés à des fêtes annuelles, des mélodies pastorales, des légendes épiques, et les danses nationales, souvent exécutées lors des fêtes rituelles. On y constate une interaction entre les traditions tadjik et ouzbek. Les chants reprennent des thèmes mythiques des épopées, certains se rapportant à des rituels spécifiques. Il y a des chants lyriques sur la nature, accompagnés par des instruments à vent ou à cordes. L’ensemble de musique folklorique Shalola a rassemblé les chansons populaires, recensé les instruments et les costumes traditionnels. Les membres du groupe sont également allés recueillir légendes, épopées et vieilles mélodies dans les villages.

Risques de disparition :

La politique culturelle de l’époque soviétique a imposé un modèle culturel qui ne laissait pas de place aux arts traditionnels de Boysun.

Plan d’action :

On constate aujourd’hui la nécessité d’une aide financière pour fournir de l’équipement technique (matériel pour enregistrer) et des instruments de musique à ces communautés. Il est prévu d’engager des spécialistes de folklore, des musicologues et des ethnologues pour recueillir des informations sur les faits culturels menacés. On prévoit également de publier la musique, les paroles des chansons, et d’organiser des concerts et des festivals.

Bien que souvent associé aux sites, aux monuments ou aux musées, le patrimoine culturel comprend aussi le patrimoine immatériel qui peut être défini comme l’ensemble des expressions culturelles et sociales qui, héritées de leurs traditions, caractérisent les communautés. Ces formes de patrimoine immatériel, transmises par la parole et par l’exemple de génération en génération, sont soumises à un processus de recréation collective. Elles sont éphémères et donc particulièrement vulnérables. Afin de sauvegarder, de transmettre et de revitaliser le patrimoine culturel immatériel, composante essentielle des trésors culturels humains et de la préservation de la diversité culturelle, l’UNESCO a créé une nouvelle distinction internationale intitulée la « proclamation des chefs-d’oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité ». Lors de sa 155e session (octobre-novembre 1998), le Conseil exécutif de l’UNESCO a invité le Directeur général à mettre en œuvre ce nouveau projet et à obtenir des ressources extrabudgétaires, soit pour la création de prix, soit pour les actions de sauvegarde, de protection et de revitalisation des espaces culturels ou formes d’expressions culturelles, proclamés « chefs-d’oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité ».

Les objectifs principaux de la proclamation

Le projet vise à encourager les gouvernements, les ONG et les communautés locales à entreprendre des actions d’identification, de préservation et de mise en valeur de leur patrimoine oral et immatériel. Les contributions d’individus, de groupes et d’institutions à la gestion de la préservation de ce patrimoine seront aussi encouragées.

Espaces culturels et formes d’expression culturelle traditionnelle

La proclamation distingue 2 types de manifestation du patrimoine culturel immatériel : un espace culturel et une forme d’expression culturelle traditionnelle ou populaire, tous deux d’une valeur remarquable. Un espace culturel se réfère à un lieu ou un ensemble de lieux où se produit d’une façon régulière la manifestation d’une expression culturelle traditionnelle et populaire. Un espace culturel tient son existence des manifestations culturelles qui y ont traditionnellement lieu. Une forme d’expression culturelle traditionnelle ou populaire est une manifestation culturelle étroitement liée aux langues, à la littérature orale, à la musique, aux danses, aux jeux, à la mythologie, aux rites, aux coutumes, au savoir-faire de l’artisanat, de l’architecture et d’autres arts ainsi que les formes traditionnelles de communication et d’information.

Le secrétariat de la proclamation a enregistré 32 dossiers de candidature soumis par les Etats Membres à la première proclamation. Après avoir été examinées par des Organisations Non Gouvernementales spécialisées, ces candidatures ont été étudiées par un jury international composé de 18 membres nommés par le directeur général de l’UNESCO. Le jury a transmis au directeur général ses recommendations sur les espaces culturels ou les formes d’expression culturelle susceptibles d’être proclamées « chefs-d’oeuvre ». Le 18 mai 2001, le directeur général Koïchiro Matsuura a proclamé les 19 premiers chefs-d’oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité : « La langue, la danse et la musique des Garifuna » (Belize), « Le patrimoine oral Gèlèdé » (Bénin), « Le carnaval d’Oruro » (Bolivie), « L’opéra Kun Qu » (Chine), « Le Gbofe d’Afounkaha : la musique des trompettes traversières et l’espace culturel de la communauté Tagbana » (Côte d’Ivoire), « L’espace culturel de la fraternité du Saint-Esprit des Congos de Villa Mella » (République Dominicaine), « Le patrimoine oral et les manifestations culturelles du peuple Zapara » (Equateur-Pérou), « Le chant polyphonique géorgien » (Géorgie), « L’Espace culturel du Sosso-Bala à Nyagassola » (Guinée), « Le théâtre sanscrit Kutiyattam » (Inde), « Le théâtre de marionnettes sicilien, Opera dei Pupi » (Italie), « Le théâtre Nôgaku » (Japon), « La création et le symbolisme des croix » (Lithuanie), « L’espace culturel de la place Jemaa el-Fna » (Maroc), « Les récits hudhud des Ifugao » (Philippines), « Rituel royal ancestral et musique rituelle au sanctuaire de Jongmyo » (République de Corée), « L’espace culturel et la culture orale des Semeiskie » (Fédération de Russie), « Le Mystère d’Elche » (Espagne), et « L’espace culturel du district Boysun » (Ouzbékistan). Les chefs-d’oeuvre proclamées sont une représentation vivante de la richesse et de la diversité du monde culturel, transmi de génération en génération.

Koïchiro Matsuura